La Ballade de Lila K, de Blandine Le Callet

En ce moment, je fais vraiment de belles lectures, toutes un peu autour du totalitarisme et de ses dérives il est vrai ! Je reviens donc aujourd’hui vous parler d’un récit addictif, émouvant, dur, avec également une pincée d’anticipation et un soupçon orwellien et tout ça en livre de poche s’il vous plait !

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« La Ballade de Lila K » de Blandine Le Callet : rien que le titre est évocateur. Une ballade c’est au départ un poème médiéval en trois strophes, mais c’est aussi une chanson narrative lyrique. Ce roman rassemble ces deux aspects.

De quoi ça parle ?

L’histoire commence, nous découvrons Lila qui vient d’arriver dans un centre mêlant internat et prison. Affamée mais refusant toute nourriture, repliée sur elle-même, perdue, Lila a l’impression de vivre un cauchemar.

Puis, on lui assigne un tuteur mais pas n’importe lequel, LE tuteur M. Kauffmann, celui qui va la marquer à jamais. Lui, n’est pas comme les autres. Lila peut évoquer sa mère en sa présence (ou tout au moins les questionnements liés à sa mère car elle ne souvient de rien concernant sa vie d’avant le centre). Peu à peu, elle se force à interagir avec les autres et découvre le monde fascinant des livres mais pas de n’importe quelle manière ! En format papier à manier avec ses propres mains !

Car il faut savoir que Lila vit dans une société qui est un probable futur : très policée, surveillée, où le déterminisme est présent. Dans cette société qui se veut protectrice pour ses citoyens (et les autres ?), la technologie, comme dans la nôtre, revêt une place particulière : la santé est surveillée numériquement, la carrière déterminée en fonction du potentiel de chacun et les livres éradiqués, ou tout au moins considérés comme des reliques à haut potentiel de risque sanitaire. Vous l’aurez compris, Lila vit dans une société très orwellienne.

Malgré son enfermement dans le centre, Lila ne perd pas espoir et décide que, dès qu’elle en sortira, à l’aube de ses 18 ans, elle partira à la recherche de sa mère

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Lila est un personnage tellement malmené par la vie qu’on en vient à grimacer en tournant les pages de peur de ce qui va lui arriver par la suite. Le côté « enquête » mené par Lila à la recherche de son passé apporte une touche mystérieuse à ce roman déjà très riche.

Et l’écriture dans tout ça ?

Quel souffle, quel choc ce roman ! L’écriture n’est peut-être pas très poétique, ce n’est sans doute pas le but de l’auteur mais on y trouve tout de même le côté lyrique propre aux ballades. Blandine Le Callet y délivre un propos très direct, très imagé et brut de décoffrage. Elle met, par exemple, des mots, des expressions dans la bouche de Lila qui détonnent avec son apparente faiblesse.

Les personnages du roman parlent ainsi comme vous et moi et quand je dis cela c’est le « vrai » vous et moi, celui qu’on parle tous les jours, avec sa famille, ses amis… on est loin du langage soutenu, sans être toutefois tout le temps dans le vulgaire bref comme tout être humain Lila navigue d’un registre à l’autre selon ses émotions (colère, incompréhension, peine, joie, résignation…).

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La première partie du roman est surprenante, le lecteur est, comme Lila, agressé par les mots, par les parties tantôt logorrhées tantôt mutiques. Et lorsque Lila grandit, on sent une écriture plus dominée, plus légère à l’image du personnage qui progressivement sort de sa torpeur, reprend sa vie en main.

L’écriture de Blandine Le Callet est particulièrement addictive, cette dernière ayant trouvé un équilibre entre la description, l’action et l’introspection.

Qu’est-ce que j’en pense ?

« La Ballade de Lila K » fait partie de ces romans qui nous bousculent, nous renvoie à notre manière de vivre la société, au miroir de nos préoccupations.

Ce récit, loin d’être une promenade délicate met la liberté au cœur de son questionnement. Il y est fait mention aussi  de contrôle, de police, de surveillance mais aussi de frontière. Frontière à la limite du intra-muros sécurisé où vivent les gens aisés et bien-élevés (cela va sans dire). De l’autre côté, c’est la Zone, non-lieu où les personnes qui vivent manquent de tout, sont méprisées et sous-estimées par celles qui vivent dans le périmètre sécurisé.

Ce roman possède un écho douloureux dans le contexte actuel où les libertés de chacun ont tendance à être réduites et où la reconnaissance de l’individu passerait, selon certains, par des critères tels que la couleur de peau, les origines, la façon de s’exprimer…

Au-delà d’être un électrochoc sur la façon appréhender l’autre, « La Ballade de Lila K » est aussi un roman très juste sur la force du lien : lien mère-fille notamment. Peut-on aimer une personne quelles que soient les circonstances ? Peut-on tout lui pardonner ?  C’est à ce type de questions que Lila devra faire face lorsqu’elle partira à la recherche de sa mère.

Je conseille de livre à toutes les personnes à la recherche d’un excellent roman d’anticipation, dans la veine de 1984. Il en est le digne héritier en y intégrant une critique très actuelle de notre société notamment sur les politiques sécuritaire et la liberté

5/5

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