Terrienne, de Jean-Claude Mourlevat

Nouvelle incursion dans la littérature jeunesse avec « Terrienne » de Jean-Claude Mourlevat, un roman de science-fiction dystopique. J’ai été particulièrement attirée par ce roman, puisqu’il semble se situer à la marge actuelle en termes de littérature jeunesse.

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Sorti depuis déjà un bon moment (en 2011), il a reçu un très bon accueil et régulièrement, on le voit apparaître, qui sur un blog, qui sur une chaine booktube, qui dans la bibliothèque d’une connaissance.

Confidentiel mais finalement connu ? Sortant des sentiers battus mais finalement proche des éléments récurrents de la littérature jeunesse ? En fait, un beau roman dont je vous parle maintenant.

De quoi ça parle ?

« Terrienne » c’est l’histoire d’une jeune fille : Anne Collodi. Entourée d’une famille aimante et proche de sa sœur Gabrielle, elle passe une enfance délicieuse entre chamailleries et fous rires. Et puis le temps passe, Gabrielle rencontre son âme sœur. Mais pour Anne, il y a un problème : cette âme sœur en question semble bien trop lisse, voire antipathique, avec des comportements à vrai dire « peu humains » voire mécaniques. Un sentiment de malaise l’envahit encore plus alors que Gabrielle annonce son mariage avec ce jeune homme qui semble sorti de nulle part.

La mort dans l’âme, Anne se résout à voir partir sa sœur avec un homme qu’elle n’arrive pas à cerner. Mais, alors que les deux jeunes gens, le soir de la noce, partent en lune de miel, Anne a un étrange pressentiment. Le lendemain, pas de nouvelles de sa sœur. Les jours qui suivent également : Gabrielle a disparu

Le temps a passé, la vie de famille est devenue pesante. Anne habite dans un studio et travaille dans un magasin qui vend des chaises. Et un jour, elle reçoit un message de sa sœur Gabrielle par la radio, un appel au-secours. Décidée à ne pas l’abandonner à son sort, elle part à sa recherche.

Aidée d’un vieil écrivain en manque d’inspiration, Étienne Virgil, elle va découvrir un monde auquel elle ne s’attend pas. Un monde qui touche le nôtre mais où le fait de ne serait-ce que respirer est vu comme une abomination.

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Avouez que ce résumé est attirant (même si je ne suis pas sûre de vous l’avoir correctement restitué, loin de là !). Un côté mystérieux et fantastique qui interpelle tout lecteur friand de ce type de romans.

A noter que l’héroïne, Anne, est bien au-delà des clichés adolescents que l’on peut voir fleurir ici et là. Les personnages sont hauts en couleurs, mais leurs réactions, proches des nôtres finalement, n’en font ni des surhommes, ni des êtres de perfection. Et ça, c’est rafraichissant !

Et l’écriture dans tout ça ?

Coup de chapeau à M. Mourlevat ! En effet, ce n’est pas parce qu’on est en littérature jeunesse qu’on n’aime ni les mots, ni leurs sonorités, ni les images qu’ils évoquent. L’auteur utilise un langage riche, très affuté et approprié qui, je trouve, rend vivantes les différentes situations évoquées dans le roman.

Pour autant, l’écriture reste adaptée à un public jeune, mais on sent une envie de transmettre le beau, les belles tournures à travers son écriture sans pour autant en faire des tonnes ! L’autre monde est d’ailleurs particulièrement bien décrit.

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Le rythme est prenant sans être haletant. On est loin des livres types séries tv avec un rebondissement improbable ou une action toutes les deux pages. Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié cela.

Qu’on prenne le temps (je vous rassure, les descriptions ne font pas trois pages, loin de là) de découvrir le lieu (surtout l’autre monde !), d’entrer dans la tête des personnages, que comme dans la vie réelle, l’héroïne ne trouve pas la solution à tous ses problèmes en 3 phrases et hop, l’affaire et réglée ! On se surprend ainsi à retenir son souffle avec Anne lorsque celle-ci pénètre dans l’autre monde. On se creuse la cervelle avec Étienne Virgil lorsqu’il rencontre Anne.

Qu’est-ce que j’en pense ?

Un très beau roman de science-fiction comme on aimerait en lire plus souvent en jeunesse. Intelligent, évocateur, avec un message pouvant certes paraître naïf, mais qui fait du bien au moral et nous réconcilie avec l’espèce humaine.

Comme je vous le disais en début d’article, on y trouve les habituels passages obligés de nombreux écrits jeunesse avec, notamment, l’histoire d’amour. Cependant, celle-ci, loin d’être pleine de bons sentiments dégoulinants, tend à se renouveler. Elle n’est pas téléphonée et, quand on y pense, la couleur à son sujet est finalement annoncée dès le début du roman.

Je salue l’auteur pour son travail sur l’autre monde, gris sans sentiments, sans respirations, où tout est aseptisé et contrôlé. On sent l’influence des romans dystopiques type 1984 sans qu’on soit dans une resucée ou dans une version édulcorée pour la jeunesse.

Certains vont lui reprocher sa fin un peu rapide, tout semble se décanter en quelques pages, il est vrai. Je l’ai pourtant trouvée cohérente. Un peu comme dans notre quotidien, parfois tout s’accélère et, tout à coup, les fils de la pelote se dénouent. Vous savez, ces « points de convergence » (comme je me plais à les nommer) où tout semble se jouer à à cette date-là, à ce jour-là, ce moment-là, à cet instant-là.

Autre point qui m’a fortement plu : cette impression que certains éléments m’échappent, car comme Anne, nous n’avons pas de savoir infini, nous ne savons rien ou si peu sur l’autre monde, et son fonctionnement. Ce que nous apprenons, nous l’apprenons en même temps qu’Anne. Et finalement, même si nous ne savons pas totalement ni le pourquoi, ni le comment, ce n’est pas cela qui prime, mais la vie, le sauvetage de sa sœur. C’est notre côté humain, non omniscient, capable d’empathie, auquel fait appel ici Jean-Claude Mourlevat.

Je vous conseille fortement ce roman jeunesse si vous voulez passer un bon moment de science-fiction sans devoir investir des pavés monumentaux. Fin, bien écrit, il apporte une bouffée d’air frais quant à notre regard sur l’espèce humaine et nous ramène à l’essentiel.

5/5

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