En attendant Godot, de Samuel Beckett

Théâtre de l’absurde bonjour ! Ça faisait un moment que cette pièce de théâtre me tendait les bras. Citée à tour de bras sur certains blogs littéraires, encensée par les critiques, vue comme un monument de l’absurde. Bref, tout à fait le type de lecture qu’il me faut lire !

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Et je me suis donc lancée dans « En attendant Godot » de Samuel Beckett. Nombreux sont ceux qui l’ont étudié sur les bancs de l’école. N’étant pas dans ce cas, je suis partie, sans a priori aucun, dans sa découverte.

De quoi ça parle ?

« En attendant Godot » est une pièce de théâtre dans laquelle nous faisons connaissance de deux protagonistes, j’ai nommé : Vladimir et Estragon. Ces deux compères, qui semblent amis de longue date, attendent en pleine campagne un dénommé Godot. Pourquoi ? Dans quel but ? Nous ne le savons pas (et on pourrait même se dire que eux non plus en fait!) et nous ne le saurons pas.

Et je pourrais même m’arrêter là car la suite reviendrait à vous raconter des moments et rencontres de plus en plus absurdes. En effet, que diriez-vous de ma santé mentale si je vous disais qu’il est question ensuite de carottes, de pendaison, d’une sorte d’esclavagisme et de nuit qui tombe ?

Une mise en garde toutefois, « En attendant Godot » est plus une pièce dont le déroulé est le plus intéressant : c’est ce qui en fait sa substance, beaucoup plus que la chute, qui d’ailleurs n’existe pas. Là encore, le registre de l’absurde est poussé à son comble !

Et l’écriture dans tout ça ?

Pièce de théâtre oblige, le livre est découpé en deux grands actes. Ceux-ci sont un peu les seuls éléments qui structurent le récit.

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Le reste du temps, les répliques s’enchaînent. Samuel Beckett met en place un jeu de ping-pong oratoire fascinant entre Vladimir et Estragon. Leurs joutes verbales nous font carrément tourner la tête. J’ai d’ailleurs dû m’y reprendre parfois à plusieurs fois et relire certains passages tant mon cerveau enchaînait vite les différentes répliques. On peut le dire : ça fuse !

Les didascalies servent essentiellement, soit à tenter de situer le récit en début ou fin d’acte, soit précisent le comportement plus qu’atypique d’un des personnages (et c’est en général assez comique !).

Et notons également de mémorables monologues qui sont à pleurer de rire tellement leur absurdité est grande !

Qu’est-ce que j’en pense ?

« En attendant Godot » est une pièce de théâtre atypique. Rythmée, même si les personnages sont peu nombreux, ce sont eux qui font tout le sel de cette pièce.

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Amis de l’absurde, vous allez être servis ! Les personnages ne se comprennent pas (et c’est très drôle !), nous les comprenons parfois à peine (moment d’anthologie à prévoir lorsque vous lisez un monologue et que le propos part en tous sens) et les situations elles-mêmes paraissent totalement invraisemblables et surtout indéchiffrables !

Alors, oui, dit comme cela, vous allez me rétorquer : « A quoi bon lire ce livre si on n’y comprend rien ? ». Justement pour cette incompréhension qui est tellement grande qu’elle en devient comique ! Mais aussi pour le regard de Beckett sur l’existence humaine, et la difficile communication entre êtres humains qui amène à situations de confusion totale.

Il faut par contre accepter de se laisser porter par le récit. Ne pas hésiter aussi à faire des pauses. Lire une pièce de théâtre de ce type, ce n’est pas comme la voir jouée, il faut que les propos murissent et cheminent en chacun.

Également, il s’agit de lâcher-prise. Hé oui, pas de fin à proprement parler, pas de réponse sur tout, pas d’actions définies ! Cela nous oblige à laisser de côté nos habitudes, à accepter que tout n’a pas un but en soi.

Vous l’aurez compris, j’ai totalement été conquise par cette pièce. Je n’irai pas à l’élever au rang de coup de cœur car elle m’a tout de même, à certains moments, complètement déboussolée.

Cette entrée en matière dans le théâtre de l’absurde me donne envie de poursuivre l’exploration de ce genre littéraire. Pourquoi pas avec Ionesco ?

Je vous conseille cette lecture qui vous voulez tenter une nouvelle expérience littéraire, et entrer dans le monde de l’absurde.

Je vous laisse sur cette Lettre de Samuel Beckett à Michel Polac au sujet de « En attendant Godot » (ça vaut le coup de lire l’extrait jusqu’au bout je vous assure !)

« Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot, dont vous me faites l’honneur de donner des extraits au Club d’essai, et en même temps mes idées sur le théâtre.
Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas. C’est admissible.
Ce qui l’est sans doute moins, c’est d’abord, dans ces conditions, d’écrire une pièce, et ensuite, l’ayant fait, de ne pas avoir d’idées sur elle non plus.
C’est malheureusement mon cas.
Il n’est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s’ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce.
Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention.
Je ne sais pas dans quel esprit je l’ai écrite.
Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j’ai dû indiquer le peu que j’ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple.
Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent.
Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie.
Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins.
Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d’en voir l’intérêt. Mais ce doit être possible.
Je n’y suis plus et je n’y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n’ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu’ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes ».

5/5

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