La mémoire des embruns, de Karen Viggers

Lire un livre, c’est comme une rencontre, on se jauge, on se découvre, se noue alors un dialogue (ou pas d’ailleurs !). Pour « La mémoire des embruns » de Karen Viggers, paru chez Les Escales, la rencontre et le dialogue se sont faits avec un naturel désarmant !

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Il faut dire que le roman avait tout pour plaire : une couverture mystérieuse où la mer a une place toute particulière ; un sujet plus que poétique : une vieille femme, au crépuscule de sa vie, retourne sur l’île isolée où elle a vécu ; un potentiel de romanesque ; et le cadre de l’Australie. Je vous raconte tout ça !

De quoi ça parle ?

« La mémoire des embruns » s’ouvre sur la vieillesse de Mary. Elle vit à Hobart la plus grande ville de l’État de Tasmanie en Australie, qu’elle n’a jamais vraiment apprécié malgré le fait que ses propres parents y ont habité. Mary aspire à retourner sur l’île de Bruny, où elle a vécu avec son mari, gardien de phare, et entourée de ses trois enfants, de nombreuses années. Bruny est une île battue par les vents, à la merci des intempéries et située sur la côte sud-est de Tasmanie.

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Ayant planifié avec minutie son projet de retour sur Bruny, elle s’y installe dans une petite cabane avec le strict minimum. Elle le sait : ses jours sont comptés. Elle se noie en elle-même, ses poumons n’arrivant plus, peu à peu, à lui fournir l’oxygène nécessaire à sa survie.

Elle a choisi de finir ses jours sur « son » île et-ce, quels que soient les avis de ses différents enfants. Tous ont d’ailleurs des personnalités bien distinctes : Gary, débonnaire, casanier, sous le joug de sa femme ; Jan, fortement névrosée, rancunière, anxieuse et qui en veut toujours à sa mère d’avoir passé autant de temps sur cette île alors qu’elle-même dans sa jeunesse n’aspirait qu’à la quitter ; et enfin Tom.

Tom est le dernier de la fratrie et c’est également le deuxième personnage principal de ce roman. Tom est allé en Antarctique, là-bas il y a tout perdu. De retour, il s’est détaché peu à peu de la société : solitaire, se contentant de peu, et entouré de son chien, il vit une existence plutôt morne.

Tom est un personnage attachant. On sent en lui les blessures de la vie. Bien malgré lui, il va s’engager vers la voie de la renaissance. Désir, fantasme, lettre mystérieuse : Mary, de son côté, va nous entraîner dans une quête spirituelle, à un retour aux sources et à la recherche d’une rédemption.

Et l’écriture dans tout ça ?

Le récit se fait à deux voix. Mary et Tom. Les chapitres s’alternent. Je dois dire que j’ai beaucoup plus accroché à l’histoire de Tom qu’à celle de Mary. Je ne me suis pas sentie touchée par ce personnage qui est pourtant très empathique, volontaire et courageux. Tom, c’est autre chose : j’étais perplexe au départ sur le nécessité de sa présence dans le récit mais peu à peu tout s’emboite, les éléments se répondant et on comprend mieux où l’auteur veut nous mener.

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Et il faut dire que Karen Viggers a une excellente capacité à faire naître en nous des images, à nous les faire ressentir. J’ai ainsi pu me représenter Bruny, ses falaises, le phare sans aucune difficultés. Mais là où je me suis fait surprendre, c’est sur son évocation de l’Antarctique. Ses descriptions ont éveillé en moi des envies de voyage et de paysages enneigés et glacés. J’ai complètement pu ressentir ce que Tom lui-même explique lorsqu’il évoque l’attrait de l’Antarctique, terre de mystère, hors du temps, et sauvage.

Qu’on se le dise, le rythme du récit est lent. Cela est nécessaire pour mieux s’imprégner des sensations. Toutefois, et c’est le seul bémol de ce livre, l’auteur a quelquefois tendance à trop étirer les instants, et à vouloir faire des apparaître des images à des endroits qui n’en nécessiteraient pas vraiment, d’où un côté quelque peu poussif, surtout dans le premier tiers du roman.

Qu’est-ce que j’en dis ?

Véritable coup de cœur littéraire, on se sent véritablement transporté par le récit de Karen Viggers. Tout se fait en retenue, en introspection chez ses personnages. La nature y a une place prépondérante : elle façonne les êtres, les renvoie à eux-même et peut même les détruire.

« La mémoire des embruns » est un roman profond sur les choix que l’on fait, et sur le ballotement de la vie, que je conseille à tous. Prendre le temps de le  découvrir, de le laisser nous entraîner, c’est s’accorder un moment hors du temps, qui donne un sentiment d’espace, de souffle et de liberté.

5/5

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4 réflexions sur “La mémoire des embruns, de Karen Viggers

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