Mon ami Dahmer, de Derf Backderf

Parlons ensemble de ce roman graphique plus que curieux : « Mon ami Dahmer » de Derf Backderf. Si vous êtes un accro de l’information, vous avez dû entendre parler dans les années 90 de Jeffrey Dahmer, un tueur en série américain surnommé « Le Cannibale de Milwaukee ». J’ai longuement hésité à emprunter ce livre, n’étant pas friande des crimes et autres histoires sanguinolentes.

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Mais, j’ai finalement sauté le pas en lisant la quatrième de couverture  et c’est notamment la phrase suivante :  » Les deux ados [Derf l’auteur et Dahmer] se lient d’amitié et font leur scolarité ensemble jusqu’à la fin du lycée » qui m’a interpellée. J’ai été plus qu’intriguée à ce moment-là. Comment était Dahmer plus jeune ? Y avait-il des signes ? Comment Derf a-t-il vécu sa relation avec Dahmer ?

De quoi ça parle ?

Derf, l’auteur du roman graphique donc, était un camarade de classe de Jeffrey Dahmer. Avec ce livre, il revient sur l’enfance et l’adolescence de Dahmer : son comportement, ses difficultés familiales, ses « dérives », sa/ses transformations.

Derf cherche à comprendre : qui était Dahmer ? Est-ce qu’on aurait pu faire quelque chose ? Les adultes sont-ils responsables de n’avoir pas réagi à temps notamment face aux problèmes d’alcool de ce dernier ?

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S’il réhabilite en partie le Dahmer enfant, il n’a aucune pitié pour le Dahmer tueur. A partir de ce moment-là Derf nous fait d’ailleurs part de sa distanciation avec le récit.

Le roman est aussi enrichi d’une préface de Stéphane Bourgoin qui revient sur le phénomène « serial-killer » et la psychologie de ces tueurs qu’il a pu sonder à travers des rencontres avec ceux-ci.

Et du côté de l’écriture ?

On est ici face à un roman graphique tout à fait atypique, de part son sujet, comme vous avez pu le constater mais aussi dans son dessin et sa facture.

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Du côté dessin, les traits de Derf sont très particuliers, proches de certains comics des années après guerre. Les mâchoires sont carrées, les traits parfois grossiers, les aplats des noirs et blancs apportant des ombres permanentes et donnant un sentiment d’urgence et de malaise au récit.

Côté facture du livre, celui-ci est découpé en différents parties qui symbolisent les différentes « phases » par lesquelles est passé Dahmer.

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La fin du roman graphique reprend avec minutie chaque page dessinée pour en expliquer en détail les évènements qui s’y déroulent ainsi que leur source.

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On sent que Derf Backderf a eu besoin de se plonger dans un matériau extrêmement riche pour cerner Dahmer car il reste, avant tout, un personnage avec des zones d’ombre qui, malgré les éclairages apportées par Derf, subsistent à la fin du récit.

 » Journaliste de formation, Backderf a épluché les dossiers du FBI et est revenu sur place pour interroger d’anciens profs et camarades de classe. Empathique, mais jamais complaisant, dérangeant, mais nécessaire, son récit plonge dans les limbes de la folie humaine. » Le Monde

Qu’est-ce que j’en dis ?

On passe par une multitude d’émotions en lisant de ce roman graphique. Étonnement face à certains comportements des adultes, incompréhension face à ceux de Dahmer, révulsion face à la situation dans laquelle s’empêtre au fur et à mesure du récit Dahmer.

Derf assiste en spectateur à cette « transformation », comme il l’appelle, de Dahmer. Tout le monde le sait : il a un problème, se sent mal mais personne ne fait rien. Qui est alors coupable ?

On sait comment va se terminer le récit. Le malaise augmente au fur et à mesure de la lecture jusqu’à l’inéluctable. Et là, impossible de pardonner, de chercher des justifications. Dahmer a basculé, il est au-delà du « récupérable », du côté de la folie pure.

Un roman graphique instructif et dérangeant qui fait poser des questions sur l’acquis / l’inné, le rôle de l’environnement social et affectif.

4/5

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4 réflexions sur “Mon ami Dahmer, de Derf Backderf

    • Moi aussi j’avais été très intriguée. Je suis moins à l’aise que toi je pense avec les livres qui rendent mal à l’aise mais je dois dire que l’auteur de ce roman graphique m’a vraiment convaincue (même si je ne trouve comme toi que ses dessins ne sont pas transcendants).

      J'aime

    • Je dois dire que moi-aussi je ne connaissais pas bien ce tueur en série. J’en avais entendu parler deux-trois fois au détours de conversations mais sans plus.
      Par contre, j’ai trouvé le roman graphique bien ficelé et très immersif, je te le conseille !

      Aimé par 1 personne

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